Phobies d'impulsion : ces pensées dont personne ne parle - Élhée

Phobies d'impulsion : ces pensées dont personne ne parle

Vous allez avoir, ou vous venez d’avoir bébé. Vous l'aimez déjà profondément, de cet amour inédit qui vous submerge en tant que jeune, ou future maman. Et pourtant, parfois, quand vous pensez à lui ou quand vous êtes avec  lui, des pensées surgissent. Des pensées que vous n'avez pas choisies et dont vous n'osez parler à personne. « Et si je le laissais tomber ? » « Et si je perdais le contrôle ? » « Et si je m’emportais ? » Ces pensées intrusives portent un nom : les phobies d'impulsion. Et si vous les traversez, sachez que vous êtes loin, très loin d'être seule.

Sommaire

Qu’est-ce qu’une phobie d’impulsion ?

Selon l'Académie Nationale de Médecine, la phobie d'impulsion désigne la peur de perdre son autocontrôle et d'accomplir des gestes absurdes, déplacés, voire dangereux pour soi-même ou pour autrui. Elle se manifeste par des pensées qui surgissent sans invitation et vous traversent l'esprit.

Pendant la grossesse ou après l'accouchement, ces pensées prennent souvent la forme de scénarios effrayants pour les mamans : vous imaginez que vous laissez tomber votre bébé, qu’il se noie pendant le bain, ou que vous lui faites du mal d'une manière ou d'une autre.

Ce qui les caractérise, c'est précisément leur caractère involontaire et contraire aux valeurs profondes de celle ou celui qui les vit.

Les phobies d’impulsion, des pensées et des perceptions

une mere pensive et vêtue de noir tient son bébé dans les bras

Les phobies d'impulsion ne sont pas que des pensées. Ce sont aussi des sensations. Une crispation dans le ventre, un vertige… des réactions involontaires que vous observez de l'extérieur, comme si elles ne venaient pas vraiment de vous.

Ces sensations corporelles peuvent être très déstabilisantes. Pourtant, il ne s’agit que de la traduction physique de votre anxiété. Elles ne prédisent rien et ne prouvent rien en dehors de votre corps qui réagit à la peur.

Bon à savoir : les phobies d'impulsion font partie de la grande famille des TOC (Troubles Obsessionnels Compulsifs) et sont un symptôme d'anxiété qui se soigne très bien.

Grossesse et post-partum, pourquoi cette période est-elle si propice ?

La période périnatale est un cheminement. Biologique, émotionnel et identitaire, il voit le corps se transformer, les hormones fluctuer, le sommeil se fragmenter et la majorité des repères personnels et familiaux changer. Votre identité elle-même évolue, vous n'êtes plus seulement vous, vous devenez aussi mère.

À cela s'ajoute une responsabilité nouvelle, celle de votre enfant, entièrement dépendant de votre relation. Une combinaison qui crée un état d'hypervigilance.

D'ailleurs, la grossesse et l'arrivée d'un enfant figurent parmi les événements de vie les plus stressants selon l'échelle de Holmes et Rahe, et ce, même quand ils sont désirés et heureux. Ce n'est donc pas un hasard si certains troubles anxieux se manifestent précisément à ce moment-là.

Ces facteurs qui nous exposent

La plupart des jeunes mères traversent une période de vulnérabilité après l'accouchement. Mais, certaines conditions peuvent favoriser la survenue de pensées intrusives.

  • Une fatigue extrême et le manque de sommeil altèrent la capacité du cerveau à filtrer les pensées et à relativiser.
  • L'isolement, fréquent après la fin du congé paternité.
  • Une tendance au perfectionnisme ou un fort sens des responsabilités.
  • Des antécédents d'anxiété ou de dépression.
  • Un accouchement vécu comme difficile ou traumatisant.
  • Parfois, une histoire personnelle marquée par la violence ou des traumatismes.

À noter : ces facteurs ne sont ni nécessaires ni systématiques. Beaucoup de parents expérimentent les phobies d'impulsion sans antécédent particulier.

Ce à quoi les phobies d’impulsion peuvent ressembler

Pour certaines femmes, elles se manifestent sous la forme d’une inquiétude soudaine en donnant le bain. Pour d'autres, c’est un malaise en passant devant la fenêtre ou en réchauffant le prochain biberon. Souvent, c'est une image éphémère qui traverse l'esprit et laisse un goût de panique même après sa disparition.

Ce qu'elles entraînent souvent

Ces pensées s'accompagnent fréquemment de comportements d'évitement ou de vérification comme :

  • éviter de se retrouver seule avec son bébé,
  • vérifier de façon répétée que bébé respire pendant son sommeil,
  • demander sans cesse l’approbation de son entourage,
  • éviter certains gestes du quotidien tels que le bain, le change ou les trajets en voiture...

C'est tout le paradoxe : vous aimez votre enfant, donc l'idée de lui faire du mal vous est insupportable. Mais plus elle vous semble insupportable, plus votre cerveau s'y accroche. La pensée prend alors un poids émotionnel démesuré, bien supérieur à ce qu'elle représente vraiment.

Rassurez-vous, votre bébé ne risque rien à vos côtés

 À ce sujet, les spécialistes sont clairs : ces pensées ne mènent pas au passage à l'acte. La peur que vous ressentez est précisément ce qui vous en protège. La détresse intense et la culpabilité démontreraient précisément l'absence de désir d'agir.

Comme l'explique Paolo Cordera, psychothérapeute aux HUG, au micro de RTS, elles se produisent justement parce que vous voulez à tout prix protéger votre enfant. Pour preuve, elles déclenchent généralement un sentiment de panique et de honte.

  • « Une pensée reste une pensée. Elle ne reflète ni un désir, ni une intention, ni sa personnalité. »

Les phobies d'impulsion sont en fait un mécanisme de défense du cerveau qui vous protège en vous montrant ce que vous ne voulez surtout pas faire.

Comment les phobies d’impulsions affectent votre quotidien

Le vrai danger se trouve dans la détresse qu'elles provoquent et dans leurs répercussions sur la vie quotidienne et familiale.

L'engrenage de l'anxiété

Il n’est pas impossible que, plus vous tenterez de chasser ces pensées, plus elles seront présentes à votre esprit. C'est le cercle vicieux caractéristique des TOC : l'anxiété nourrit les pensées intrusives, qui en retour, nourrissent l'anxiété. Au micro des Maternelles, certaines mères expliquent se retrouver dans l'incapacité de se concentrer, prises de panique à tout moment et même incapables de dormir alors même que leur bébé dort.

L'isolement

Beaucoup de mamans décrivent également un profond sentiment de solitude. La honte qui empêche de parler, la peur d'être jugée et de se voir retirer son bébé l'entretiennent à tour de rôle.

Cette solitude s'aggrave souvent quand le congé paternité prend fin. D'ailleurs, dans son mémoire « Conséquences des phobies d’impulsion sur le vécu du post-partum » Cléa Lochin, sage-femme, indique que les pensées intrusives apparaissent ou s'intensifient souvent à ce moment précis.

Et puis il y a cette solitude encore plus particulière, ressentie face à son conjoint « S'il savait ce qui me traverse l'esprit, il partirait avec le bébé. Il penserait que je suis dangereuse. Il ne me laisserait plus jamais seule avec notre enfant. »

Alors, les futures mamans, les jeunes mamans concernées par les phobies d’impulsion portent seules le poids immense de leur angoisse.

L'impact sur le lien avec votre bébé

Ces pensées peuvent vous empêcher de profiter pleinement des premiers moments avec votre tout-petit. Vous évitez les câlins, le bain, les moments de complicité… de peur de ce qui pourrait arriver. Le lien d'attachement, si précieux, risque d'en souffrir.

Quand devez-vous vous inquiéter ?

Les pensées intrusives en elles-mêmes, ne sont pas dangereuses. Elles sont involontaires, brèves et ne reflètent ni un désir profond ni une perte de contrôle. Dans la majorité des cas, elles disparaissent toutes seules, surtout si vous êtes rassurée et entourée.

Les signaux qui doivent vous alerter

Certains signes indiquent qu'il est temps de demander de l'aide :

  • Quand les pensées deviennent trop fréquentes et reviennent chaque jour.
  • Si elles se poursuivent pendant plusieurs semaines sans s'atténuer.
  • Si elles vous empêchent de profiter du lien avec votre bébé.
  • Quand elles sont si intenses qu’elles provoquent un sentiment de rejet ou une peur de rester seule avec votre enfant.
  • Si une tristesse persistante et un sentiment de ne pas être à la hauteur s'installent.
  • Si la fatigue ne se résorbe pas malgré le repos.

Important : si ces pensées s'accompagnent d'une dépression post-partum, la prise en charge devient d'autant plus nécessaire. Les phobies d'impulsion et la dépression post-partum sont souvent liées.

Les clés pour trouver la route de l’apaisement et d’une parentalité plus sereine

une mere tient tendrement son bébé endormi dans ses bras, elle est assise au sol

La bonne nouvelle ? Pour beaucoup de mères, ces pensées s'atténuent avec le temps, le repos et du soutien. Et quand elles persistent, les phobies d'impulsion se soignent très bien, notamment grâce à la thérapie cognitivo-comportementale (TCC).

La première étape : briser le silence

Ce qui empêche souvent les mamans d’aller mieux, c'est la honte. Heureusement, il possible de l'apaiser de deux façons :

  1. Comprendre que ces pensées sont le symptôme d'un trouble anxieux, pas le reflet d'une intention.

  2. En parler, d’abord avec soi-même, se l’avouer, puis avec les autres, une amie, son médecin, même si c'est difficile.

Parler à un professionnel de santé bienveillant est essentiel. Et si vous ne vous sentez pas prête à tout raconter, sachez que des forums existent : l'AFTOC (Association Française des personnes souffrant de TOC) propose aux parents des groupes de parole gratuits et anonymes, en présentiel ou en visioconférence et l'association Maman Blues accueille les mères traversant des difficultés périnatales.

La seconde étape : trouver la thérapie qui fonctionne

Pour sortir de ce cercle vicieux, la TCC (Thérapie Cognitivo-Comportementale) est souvent recommandée. Elle propose différents exercices qui permettent de désactiver les émotions associées aux pensées intrusives.

D'autres approches complémentaires

  • La sophrologie et la méditation, pour calmer le mental.
  • L'écriture, pour poser les émotions sur le papier.
  • Dans certains cas, un traitement médicamenteux peut être proposé

Les papas sont concernés eux aussi ?

Il est important de souligner que les pères aussi peuvent vivre des phobies d'impulsion, pourtant, le TOC périnatal chez les papas reste largement sous-diagnostiqué.

Si vous êtes concerné, en parler peut vous sembler insurmontable. Mais sachez que vous n'êtes pas seul, que ces pensées ne font pas de vous un mauvais père et que les mêmes accompagnements qui aident les mères fonctionnent aussi pour vous.

Des pensées intrusives qu’il est possible de repousser

Nous l’avons vu, les phobies d’impulsions ne sont pas une fatalité. Ces pensées perturbantes disent avant tout que vous êtes épuisée, que vous portez une responsabilité immense et que vous aimez votre enfant au point que l'idée de lui faire du mal vous est insupportable. 

Chez Élhée, nous croyons en une parentalité éclairée et bienveillante envers soi-même autant qu'envers son bébé. Parce que prendre soin de vous est avant tout essentiel pour aussi prendre soin de lui.

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